Josette Durrieu de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe – Visite Turquie

La rapporteure de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) Josette Durrieu a effectué une visite d’enquête dans les villes d’Istanbul, Sanliurfa et Ankara du 30 Avril au 4 mai dans le cadre du dialogue de post-suivi avec la Turquie afin d’évaluer les progrès du pays en ce qui concerne les questions énoncées dans la récente résolution de l’Assemblée.

A Istanbul, des réunions ont été organisées avec le patriarche œcuménique Bartholomew Ier, l’Archevêque arménien Aram Atesyan, des représentants de la communauté alévie, des procureurs publics, des représentants d’ONG et des médias.

Le 2 et 3 mai Mme Durrieu a visité la région kurde, frontalière avec la Syrie où elle a rencontré les gouverneurs et représentants des autorités locales, à Sanliurfa et Suruç, et aussi des représentants d’ONG et les médias. Elle a également visité les camps de réfugiés indépendants dans la région.

Concernant ces derniers, elle a déclaré:

“La réalité de ce qu’est aujourd’hui la ville de Kobani à laquelle nous avons eu accès est dramatique. C’est une ville totalement détruite, dans laquelle 60 000 réfugiés sont revenus, et tentent de survivre dans les ruines et les villages alentour. Cela nous impose de dire que l’acheminement de l’aide humanitaire, bloquée en Turquie et destinée à ces populations démunies, est une urgence absolue”.

Avant de faire le point sur les derniers développements dans le pays :

“Dans ce contexte géopolitique lourd, la Turquie poursuit son processus de transformation. Les élections parlementaires du 7 juin 2015 pourraient changer le paysage politique, selon les choix politiques qui seront faits par les électeurs turcs pour le futur de leur pays.

Un processus de résolution de la question kurde a été amorcé par le gouvernement et les représentants kurdes en 2013, et a abouti, le 28 février 2015, à une conférence de presse conjointe entre le gouvernement turc et les représentants du Parti Démocratique des Peuples (HDP) traduisant la volonté des deux parties de poursuivre les discussions sur la base d’une feuille de route de dix points. A l’approche des élections, je note que ce processus marque une pause. La résolution de la question kurde a été au centre de mes discussions avec les acteurs de premier plan de ce processus, en particulier le Vice-Premier ministre Yalçin Akdogan et le député HDP Sirri Süreyya Önder (qui visite régulièrement Abdullah Ocalan sur l’île d’Imrali), parties prenantes aux discussions en cours ; les résultats des élections parlementaires, et selon que le HDP franchira ou non le seuil électoral des 10% – dont l’Assemblée parlementaire a demandé l’abaissement depuis 2004 – seront décisifs pour la poursuite des discussions. Je forme le souhait que toutes les parties en lice puissent reprendre au plus vite le dialogue, notamment dans le cadre de discussions attendues sur la refonte de la constitution que l’Assemblée sollicite depuis 2004, et qui devra s’attacher à redéfinir la citoyenneté, les droits individuels, la décentralisation et l’équilibre entre les pouvoirs et les contre-pouvoirs. Cette démarche pourrait aussi contribuer à faire aboutir un processus de résolution de la question kurde auquel la population adhère aujourd’hui. Il appartiendra aux responsables politiques de tous horizons de relever ce défi historique, et d’apporter les réponses adéquates aux aspirations légitimes de paix exprimées par la grande majorité de leurs concitoye/nes.
En tant que pays fondateur du Conseil de l’Europe, et bientôt grand payeur de l’Organisation, il appartient à la Turquie de maitriser ces nouveaux défis. Ils sont démocratiques, et notamment de sauvegarde et de développement des libertés individuelles. Selon la volonté politique qui s’exercera, la crainte est qu’elles puissent être remises en question.»