Conférence annuelle de la EUTCC – PE

La 12e conférence internationale annuelle sur L’Union européenne, la Turquie et les Kurdes, organisée par la Commission civique Europe – Turquie (EUTCC) a eu lieu ces mardi et mercredi au Parlement européen.

La conférence de deux jours, intitulée “Old crisis – New solutions”, a commencé avec une introduction de la part de Kariane Westrheim, présidente de la EUTCC et de Gabi Zimmer, présidente du groupe de gauche GUE/NGL au Parlement européen.

Leyla Zana, l’une des invités d’honneurs à la conférence, a commencé son discours en rendant hommage à Danielle et François Mitterrand et en les remerciant tous les deux pour leur soutien inconditionnel à la cause kurde.

Zana a ensuite commenté la situation actuelle très critique vécue dans le nord du Kurdistan et a signalé l’importance de la conférence de la EUTCC concernant les évènements tragiques auxquels les civils kurdes sont actuellement confrontés. Elle a également souligné le fait que le peuple kurde n’était  plus limité comme auparavant et a appelé les parties à revenir la table des négociations en prenant compte des conditions du leader kurde Öcalan. Elle a également souligné le fait que le véritable problème n’était pas le gouvernement, disant que les gouvernements même les plus anti-démocratiques étaient changeables, mais que le vrai problème était représenté par le système, parce que les systèmes sont plus complexes et moins facile à réformer.

Elle a conclu son discours en appelant tous les gouvernements à prendre des mesures urgentes concernant les violations graves dans les régions kurdes de Turquie.

Le lauréat du prix Nobel et ancien président du Timor oriental José Ramos Horta a dit pour sa part qu’il suivait de très près la lutte du peuple kurde avec une grande admiration, ajoutant;

“Les femmes qui se battent en Syrie et en Irak sont des combattantes extraordinaires qui me rappellent des femmes révolutionnaires qui défendaient Stalingrad ou encore le Vietnam, contre l’occupation. Les Kurdes sont l’exemple du déni le plus long d’être reconnu en tant que peuple”.

Horta a exprimé son souhait de voir la paix entre les Kurdes et l’État turc comme cela s’est produit dans son pays après 24 ans d’occupation.

La lauréate du prix n​obel de la Paix Shirin Ebadi a quant à elle attiré l’attention sur l’importance de la diversité ethnique pour le développement culturel en déclarant qu’il se trouvait parmi les fonctions de base d’un pays démocratique de préserver cette diversité et d’assurer que ces segments ne souffrent pas d’une violation de leurs droits fondamentaux.

Ebadi a dit que l’État turc devait respecter les droits culturels du peuple kurde qui sont actuellement soumis à des violations très graves et a précisé que les Kurdes dans l’Est du Kurdistan étaient également victimes de lourdes discriminations par le gouvernement iranien.

La conférence a continué avec des présentations par le journaliste Cengiz Çandar; Prof. David Romano; Prof. Susan Breau; Peter Galbraith, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de la République de Croatie; Takis Hadkigeorgiou, vice-président de la commission parlementaire mixte UE-Turquie; et Selahattin Demirtaş, Co-Président de HDP et membre de la Grande Assemblée nationale de Turquie.

Prenant la parole lors de la deuxième session intitulée “Du modèle au problème”, Peter Galbraith Kurdes a affirmé que les kurdes méritaient plus que n’importe quels acteurs une participation à la troisième Conférence de Genève car ce sont ceux qui ont le plus combattu le terrorisme.

Il a accusé le rôle des Européens “ignorants” qui ont tracé les lignes de partage dans la région et a ajouté qu’il n’était pas étonnant que 100 ans plus tard, on se retrouve face à face avec une situation chaotique. Il a également souligné la multi-ethnicité et et le mutli-confessionnalisme de la région et a dit que même le Kurdistan syrien n’était pas exclusivement kurde.

Galbraith a souligné que la Turquie devrait retourner à la table de négociations et relancer les pourparlers de paix avec le mouvement kurde, ajoutant que le PKK était un mouvement efficace et que ceux qui cherchaient la paix devait faire la paix avec le PKK, avant d’ajouter que les forces kurdes ont été jusqu’à présent les seules forces de défense contre le terrorisme.

Le journaliste Cengiz Çandar a attiré l’attention pour sa part sur la situation catastrophique face à laquelle la Turquie était confrontée aujourd’hui, en qualifiant cette dernière de la pire situation qu’il n’avait jamais connu depuis son enfance, signalant que la Turquie faisait son chemin en passant d’un régime autoritaire à un système purement fasciste:

“La Turquie a évolué vers un régime fasciste après les élections. Je suis inquiet pour mon pays d’autant plus que les civils Kurdes sont en train de vivre des évènements tragiques. Ce à quoi nous sommes confrontés en ce moment est purement une perte de la raison “.

Çandar a souligné que l’AKP trouvait par ailleurs soutien de l’Union européenne dans cette démarche de perpétration de ces atrocités contre le peuple kurde.

“Si l’UE continue d’agir en accord avec ses intérêts et reste silencieux sur les pratiques immorales de la Turquie, la situation va devenir beaucoup plus grave”, at-il ajouté.

Susan Breau, qui en premier lieu a dit que les différents acteurs politiques de cette guerre ont fait en sorte que les Kurdes soient piégés dans cette dernière, a fait remarquer que le peuple kurde avait dû prendre les armes et se battre pour protéger son existence même  et qu’il était accusé de terrorisme pour combattre les crimes contre l’humanité. Insistant sur le fait que la définition du terrorisme devait être changée, Breau a souligné que les combattants kurdes avaient sacrifié leur vie dans la lutte contre ISIS, mais que malgré cela ils étaient encore marqué comme criminelles et terroristes, et a dit que cette désignation devait être modifiée.

“La Turquie fait de son possible pour rendre le combat contre Isis difficile. Les Kurdes sont les seules forces à combattre ces forces inhumaines “.

Prenant la parole après, le co-président du HDP Selahattin Demirtaş a souligné que la Turquie traversait actuellement l’atmosphère politique la plus sombre de son histoire récente.

“Alors que toutes les balances et les équilibres sont bouleversés dans la région, la Turquie est confrontée à une grosse crise en raison de sa situation non préparée quant aux aspects idéels, idéologiques et gouvernementales et de sa politique étrangère. Les kurdes ont atteint un stade de rattrapage avec le changement et ont trouvé eux-même une solution à leur propre problème”.

Soulignant que les Kurdes ont une fois de plus pris le devant de la scène de l’histoire aujourd’hui, Demirtaş a dit que cette perspective kurde récemment formée ne menaçait ou n’ignorait pas le peuple turc, ni les autres cultures, identités et groupes confessionnels en Turquie. Il a continué:

“Les Kurdes ne menacent pas les Turcs en tant qu’ennemis. Ils ne représentent pas non plus une menace pour l’identité turque, la laïcité, l’islam ou d’autres religions et groupes religieux. Mais alors, pourquoi les Turcs considèrent-ils les Kurdes comme une menace? Parce que les turcs ont une mentalité status-quoist. Le monde change et la Turquie continue de payer un lourd tribut car il reste obstinément dans cette mentalité de résistance au changement. Tous les peuples paient le prix lourd de cette mentalité. “