Groupe d’amitié kurde – Conférence de presse au PE à Strasbourg

Une conférence de presse organisée par Marie-Christine Vergiat, du groupe de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte Nordique et présidente du Groupe d’amitié kurde au Parlement européen concernant la levée collective de l’immunité de 138 parlementaires de la Grande Assemblée de Turquie a eu lieu ce matin au Parlement européen à Strasbourg. Parmi les intervenants se trouvaient Bodil Valero du Groupe des verts / Alliance  libre européenne et co-présidente du groupe d’amitié kurde, Ana Gomes du Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates et M. Doru Eyyup, représentant du Parti Démocratique des peuples en Europe.

Vergiat a commencé la conférence de presse en évoquant le déni flagrant de la démocratie en Turquie et en rappelant le contexte antérieur à la situation de guerre civile actuelle, à l’époque où le processus de paix était concrètement engagé entre le gouvernement turc et le leader du PKK avant que ce dernier ne soit brusquement placé en isolement total et que le processus ait été soudainement interrompu en avril 2015, alors que se préparaient les élections de juin 2015 et a fait un parallèle avec la situation actuelle dans le pays où les dégâts des agressions de l’État se sont soldés par des milliers de morts, la plupart d’entre eux civils, dans les villes kurdes du  pays.

Vergiat a dénoncé l’adoption de la loi qui permet la levée de l’immunité parlementaire des députés en suspendant l’article 83 de la constitution, loi qui vise selon elle en théorie les parlementaires de tous les groupes au parlement mais qui dans les faits vise spécifiquement les 53 des 59 membres du parti du HDP. La député a également mis l’audience en garde concernant la signature de la révision constitutionnelle mardi soir par le président qui lors de sa promulgation en  Turquie sera aussitôt utilisée contre les députés du HDP.

La co-présidente du groupe d’amitié kurde Bodil Valero a pour sa part valorisé le rôle du HDP non seulement en tant que parti représentant le droit des minorités mais aussi en tant que parti pro-écologie et a souligné par ailleurs que le Parlement européen avait une position très critique sur ce qui se passait en Turquie. Elle a également qualifié la Turquie de pays démocratique qui avait toutefois à sa tête un président non-démocratique.

La troisième intervenante, la MPE et membre du groupe d’amitié kurde, Ana Gomes a commencé son discours en précisant qu’elle avait pris l’initiative de la lettre signée par plus de 100 parlementaires et qui réclame que le PKK soit retiré de la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Elle a évoqué que l’une des raisons de cette initiative  étaient qu’elle tenait fortement au processus de paix et a par ailleurs affirmé que la seule solution était une Turquie démocratique qui savait vivre avec ses minorités. Elle a également ajouté que la situation dans le pays en général était plus que préoccupante mais que la décision récente d’enlever l’immunité des parlementaires était absolument inconcevable.

Elle a dit que l’UE ne pouvait fermer les yeux sur ces avancés qui s’opèrent en violation des critères de Copenhague, ajoutant que la répression que subissaient les académiciens et les journalistes dénonçant les agissements de l’AKP était inadmissible. Elle a appuyé la nécessité de demander des comptes au sujet de l’obsession d’Erdogan d’écraser le mouvement kurde non seulement en Turquie mais aussi en Syrie.

Elle s’est estimée très critique envers la politique de libéralisation des visas en échange de la gestion des  immigrés et a enfin réitéré sa position au sujet du retrait de  l’immunité, qualifiant  l’action de “médiévale”.

Le représentant du HDP en Europe Eyyup Doru a conclu la conférence de presse en attirant l’attention sur le fait que le décret validant la levée de l’immunité avait été voté hier, le 7 juin, date qui coïncide avec la date de l’entrée du HDP en tant que groupe politique au Parlement il y a un an, entrée qui avait signifié la perte de la majorité absolue de l’AKP au parlement. Il a ensuite précisé que les agressions avaient commencé depuis et s’étaient poursuivis jusqu’aux élections du premier novembre, pendant lesquels, malgré la féroce vague de répression, les centaines de personnes tuées et les actions conjointes avec les membres de Daesh, qui ont clairement empêché le HDP de mener une campagne normale, le parti à malgré tout obtenu 11% des voix.

Erdogan agit toujours donc, selon, Doru, en représailles à ces évènements et met en place toutes les étapes nécessaires pour coordonner la justice loin des politiques et justifier tous les crimes contre l’humanité qui se sont produits et se produisent encore et où des centaines de civils ont été tués dans les villes de Sirnak, Cizre, Sur, Nusaybin, qui ont dépassé les stades de désolation des villes de la Syrie voisine en guerre.

Il a également insisté sur le fait que malgré les demandes d’enquêtes par les Commissions des droits de l’homme des Nations Unies, aucune possibilité d’enquête n’ a encore été accordé, ni même l’accès aux zones détruites.

Doru a également souligné qu’ Erdogan était en train de modifier la loi pour s’assurer que les forces de l’État ne soient pas jugés pour crime de guerre sans la permission du premier ministre, loi qui garantit donc l’immunité la plus totale à ceux qui perpètrent les massacres sur la population civile. Doru a qualifié ces agressions de la part de l’État de coup d”état militaire dans la région et a condamné les tentatives actuels  de déplacement des villes.

Il a enfin relevé le statut de la Turquie, pays candidat à l’UE, membre du Conseil de l’Europe et de l’Otan, en indiquant son inquiétude quant à l’absence de critiques de la part des états européens. Il s’est dit très inquiet que les délégations d’observateurs n’aient pas pu se rendre sur place, et que cela était inacceptables pour un pays candidat à l’UE.

La conférence de presse s’est clôturée par la confirmation de la proposition de parrainage déjà discutée au PE à Bruxelles quelques jours auparavant dans le cadre duquel les députés poursuivis seraient parrainés par un membre du Parlement européen qui suivra ainsi l’évolution de chacun au cas par cas, initiative déjà concrétisée auparavant au sein du Parlement européen.