Le HDP dénonce la fermeture des médias kurdes en Europe et en Turquie

Le groupe français Eutelsat a mis fin le 3 octobre 2016 à la diffusion de la chaîne de télévision kurde Med Nûçe créée en 2013, par une décision scandaleuse et illégale dictée par la Turquie.

Le procédé employé par Eutelsat pour mettre fin à la diffusion de la chaîne de télévision kurde est similaire aux mesures répressives et arbitraires prises par les autorités turques contre les médias.
La chaîne est l’une des rares sources d’informations indépendantes et alternatives dans un pays comme la Turquie où la majorité des médias sont sous le contrôle de l’État.

L’ordre de la suspension de la chaîne est intervenu le même jour que la fermeture de plus de vingt chaînes de télévision et stations de radio en Turquie.

Parmi ces chaînes, figurent Zarok TV, une chaîne pour enfants ; TV 10, qui s’adresse notamment à la communauté Alévie ; Jiyan TV dont le but est de promouvoir le « kirmancki », dialecte kurde en danger ; et Hayat TV qui se concentre sur les conditions de travail et la lutte des ouvriers.

Non seulement la diffusion de ces chaînes a été suspendue, mais leurs locaux ont également été mis sous scellés par les autorités turques.

Au lendemain de l’interruption de la diffusion de Med Nûçe, la police turque a investi le siège de IMC TV, une des principales chaînes de télévision pro-kurdes, située à Istanbul, avant de mettre fin à sa diffusion. La chaîne IMC TV est très connue pour sa position pluraliste et sa ligne éditoriale indépendante.

En Europe, en suspendant la diffusion de Med Nuçe, Eutelsat soutient objectivement les atteintes sans précédent aux libertés de presse et d’expression en Turquie. Car Med Nuçe était l’une des dernières voies d’expression pour les Kurdes ainsi que pour des pans importants de la société tels que les féministes, les écologistes, les syndicalistes, anticapitalistes, les LGBTI,…

Depuis la tentative de coup d’État le 15 juillet dernier, la situation des droits humains en Turquie se dégrade dangereusement. Ce coup d’État n’a pas abouti, mais il n’empêche que les Kurdes et l’opposition démocratique sont victimes d’un coup d’État continu. La répression contre les médias et les oppositions quelles qu’elles soient a atteint un niveau sans précédent.

L’État d’urgence instauré au lendemain de la tentative de coup d’État est constamment prolongé, les journaux kurdes sont interdits, les journalistes, intellectuels et universitaires sont emprisonnés, les mairies kurdes sont mises sous tutelle administrative, les villes kurdes sont détruites et les députés pro-kurdes sont privés de leur immunité parlementaire et menacés d’arrestation.

À ce jour, plus de 90 journalistes sont détenus, ce qui fait de la Turquie, selon la plateforme de soutien aux journalistes emprisonnés, la plus grande prison au monde pour les journalistes. Il ne se passe pas un jour sans arrestation de masse. Des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées depuis le 14 juillet, du fait d’une guerre de pouvoir entre le Président Erdogan et son ancien allié Fethullah Gulen.

Mais une guerre impitoyable avait déjà été lancée en 2015 dans la région kurde de Turquie, se soldant par la destruction totale par l’armée turque de plusieurs villes kurdes et la mort de centaines de civils.

Med Nûçe était l’un des rares médias à rapporter les crimes commis par l’armée dans la région.

Les organisations des droits humains craignent depuis longtemps l’instauration d’un régime fasciste par Recep Tayyip Erdogan, et les Kurdes ainsi que les médias kurdes restent toujours la première cible de ce régime. Les pays européens restent aussi les principales sources d’encouragement envers le régime d’Erdogan.

L’interruption de la diffusion de Med Nuçe est avant tout une honte pour l’Europe, mais aussi un acte grave qui peut être considéré comme un signal de soutien à la politique répressive de la Turquie.

Nous appelons les médias européens à prendre une position claire et forte contre les injustices visant la liberté de la presse, car cette liberté est depuis longtemps menacée en Europe également. Cette prise de position est plus que nécessaire pour défendre le droit d’exercer librement le métier de journaliste.

Nous appelons aussi les institutions européennes, notamment le parlement européen, à prendre leurs responsabilités et faire pression sur la Turquie en exigeant le respect des droits fondamentaux.

Les déclarations de bonne volonté et les appels au respect ne suffisent plus, nous attendons des actes de la part des dirigeants européens.