Demirtas: Sur les attaques des municipalités – Diyarbakir

Au nom de mon parti, je tiens à vous remercier, tous, d’avoir soutenu notre municipalité dès le commencement de ces actions illégales. Ces deux derniers jours, la connexion Internet a été coupée dans chaque ville kurde. Les médias  d’oppositions ont été saisis et confisqués. Les journalistes qui sont ici avec nous peuvent être en mesure de transmettre leurs rapports à leurs agences dans ces conditions difficiles, mais les chaînes de nouvelles ne transmettrons probablement pas ces rapports en raison de la crainte d’Erdogan.

Alors, qu’allons-nous faire? Nous allons visiter toutes les maisons, faire du porte à porte,  et dire ce qui se passe. Nous allons rencontrer nos gens, yeux dans les yeux, en personne. Ils ont fermé nos médias, mais ils ne peuvent pas nous bander les yeux. Nous n’accepterons pas ceci comme s’il s’agissait d’un processus ordinaire.

Personne n’est libre de commettre un crime, mais un procès équitable devant un tribunal indépendant, comparaître devant un juge en toute conscience, est une nécessité. Nous n’avons pas peur d’affronter un procès, mais toute juridiction est inexistante en ce moment. Et nous ne laisserons pas la Commission de droit de l’AKP nous juger dans un tribunal!

Personne ne peut incriminer nos municipalités dans le but de soutenir le terrorisme. Si vous voulez produire de telles revendications, jetez d’abord un coup d’oeil sur vos propres municipalités. Regardez le maire d’Istanbul Kadir Topbas, regardez le maire d’Ankara Melih Gökçek. Ce n’est pas nous qui avons donné la moitié d’Istanbul et d’Ankara au Gülenistes.

Il n’y a pas d’autres organisations terroristes que vous-même! Vous nourrissez Daesh, vous nourrissez al-Nusra.

Si vous parvenez à prouver qu’un seul centime de notre mairie a été envoyé à la montagne de Qandil, et encore moins en ce qui concerne Gültan Kisanak et Firat Anli, prenez-nous tout! Mais ce n’est pas la vérité.

Nous avons fait appel à vous pour des élections immédiates. Rien de plus! Si vous aviez un peu plus confiance en vous-même, nous avons exigé des élections immédiates, et non que vous nous imposiez vos propres administrateurs. Vous auriez du avoir le courage lorsque nous avons fait appel au vote du public.

Nous ne demandons pas d’élections à présent, au lieu  de cela nous vous demandons de rendre  la volonté du peuple que vous avez volé.

Cette nuit là, les conseillers municipaux d’Amed ont été empêchés d’accès à leur mairie. La police a effectué une recherche sans surveillance. Ceci est une violation de la loi. Ce n’est pas comme cela que vous effectuez une recherche dans une municipalité. Personne ne sait ce que ces policiers faisaient ou plaçaient là. C’était illégal.

Maintenant, leurs avocats sont interdits de visiter nos maires pour une durée de 5 jours. Nous avons des amis en détention depuis 19 jours. Ils attendent là, en détention, sans que pas même une seule question ne leur soient posée. Parce qu’il n’y a rien à remettre en question. Telle est la situation.

Nous ne craignons pas d’être poursuivis, bien que la justice soit la chose la moins courante dans les tribunaux de Turquie. Nous ne voulons juste pas être poursuivis dans le cadre d’une telle perspective politique. S’il y avait une justice, nous serions prêts à être poursuivis, ensemble. Si des questions devaient vous être posées à propos des quantités d’argent dans des boîtes à chaussures, des armes dans des camions envoyés en Syrie, ceux assassinés dans les rues, alors soyons poursuivis ensemble.

Nous avons travaillé jour et nuit pour la paix. Nous avons dit «Les gens ne doivent pas mourir. Ils sont tous les enfants de quelqu’un, ils sont des êtres humains. Réglons les problèmes par le dialogue, par la politique “. Encore maintenant, nous proposons d’organiser des rassemblements, d’obtenir des résultats politiques, et vous témoignez parfaitement de ce qui est en train de se passer. Mais vous avez fait le choix de bloquer de ces options. Or nous allons insister pour une voie politique, jusqu’à la fin. Un gouvernement sain d’esprit ouvrirait cette voie à la politique. Un gouvernement sain d’esprit ouvrirait la voie à un dialogue, au lieu d’arrêter les co-maires, il opterait pour la désactivation de la violence.

Ils peuvent nous faire payer un lourd tribut, mais nous avons la foi, cette folie finira par échouer.

De partout le monde, la Turquie ressemble à un pays de Daesh, et Erdogan apparaît comme le Califat de ce dernier. Nous ne sommes pas responsables de cela. Ils peuvent utiliser l’état d’urgence comme une justification. N’aviez-vous pas déclaré l’état d’urgence contre l’État lui-même? Contre les putschistes? Jetez y un œil de plus près, il y a des gens ici, des gens! Et non des putschistes. Chacun doit utiliser son droit à une manifestation pacifique et démocratique. Il ne devrait pas y avoir la moindre hésitation. Eh bien veuillez nous excuser, nous pourrions perdre nos têtes mais nous ne nous mettrons pas à genoux. Nous soumettrons-nous juste parce qu’un doigt remue du palais? Non!

Chacun descendra dans la rue. Sans faire un seul pas en arrière, nous serons dans les rues jusqu’à ce que nous obtenions des résultats. Ne faites jamais un pas en arrière. Cependant, en faisant cela, ne permettez pas la violence. Nous n’avons pas besoin de violence. Cela est aussi légitime que lorsque les gens ont pris la rue le 15 Juillet dernier pour défendre leur volonté. Nous joindrons notre peuple maison par maison. Nous menons une campagne contre l’état d’urgence, contre ceux qui attaquent notre volonté. Nous élèverons notre voix partout où nous sommes.

S’il doit y avoir un jour la démocratie et la paix dans ce pays, nous serons ceux qui les auront accompli, et nous allons l’emporter par la résistance, non en nous soumettant.

Selahattin Demirtas