Conférence de la EUTCC au PE

Kariane WESTRHEIM, Présidente de l’EUTCC (Université de Bergen, Norvège), Josef WEIDENHOLZER, Député européen, Vice-Président de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (Autriche) et Gabi ZIMMER, député européenne, Présidente du Groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE / NGL) au Parlement européen (Allemagne) ont lancé la 13e conférence annuelle de l’EUTCC hier au Parlement européen.conference-ep-parliament

Le discours d’ouverture a été prononcé par M. Ebrahim Ebrahim, ancien Vice-Ministre des Relations Internationales/de la Coopération, Membre du Comité Exécutif National du Congrès National Africain (Afrique du Sud) et les messages des co-présidents du HDP emprisonnés Selahattin DEMIRTAS, coprésident de la Prison du HDP Figen YUKSEKDAG ont été transmis.

Les récents développements dans la région et en Turquie ont été présentés au cours de la session ainsi que les questions de longues dates liées à la démocratisation et au droit des Kurdes.

Le professeur d’histoire et de sociologie Hamit Bozarslan a introduit la session en évoquant le traité centenaire de Sykes-Picot. Bozarslan a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’un traité, mais d’un ensemble de principes établis suivant l’ordre des puissances de l’époque et a souligné que les effets de la Première Guerre mondiale étaient encore visibles dans la région aujourd’hui. Il a déclaré que l’Occident s’était efforcé de lire la stratégie kurde entre la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale et qu’un «statu quo interétatique» avait été mis en sur pied à la suite du Traité de Lausanne.

David Phillips, directeur de Programme de l’Institut Paix et Droits de l’homme de l’Université de Columbia a déclaré que l’administration Erdoğan devrait être jugée pour crimes contre l’humanité et ajouté qu’il s’agissait d’une bande de criminelles qui devraient recevoir de sérieuses sanctions. Déclarant qu’une enquête pourrait être lancée au nom des institutions des Nations Unies pour les droits de l’homme et qu’un appel pourrait être lancé à la Cour pénale internationale, il a ajouté qu’une institution internationale devrait enquêter sur les crimes en Turquie et que cette institution pourrait être le Conseil de l’Europe.

Phillips a évalué le processus de paix qui a émergé précédemment en Turquie a appelé et a dit:

“Je l’ai déjà dit, il n’y a ni paix envisagée, ni processus de paix. Il y a eu une pièce montée”.

Phillips a insisté par ailleurs sur le fait que le PKK devait être retiré de la «liste des organisations terroristes» et qu’un accord de paix surveillé par la communauté internationale devait être réintroduit, proposant les estimations suivantes dans les conditions actuelles:

“La seule solution envisageable actuellement est est que les Kurdes exercent pleinement leur droit à l’autodétermination. Il y a une administration criminelle en Turquie. Ils commettent des crimes de guerre et ils devraient répondre pour cela”.

Le professeur de Relations internationales de l’Université du Sussex (Royaume-Uni) Kamran Matin a évalué les pourparlers de Genève sur la crise syrienne et a souligné que le seul obstacle à la participation des Kurdes à ces pourparlers était la Turquie et a déclaré qu’aucune controverse ne pouvait être débattue avec l’exclusion d’acteurs aussi importants, concluant que les pourparlers de Genève ne peuvent réussir qu’avec une participation des Kurdes.

Le journaliste turc Fehim Taştekin a pour sa part souligné que les revendications légitimes du peuple se sont transformées au fil du temps en un processus sanglant et a déclaré:

«Ce processus sanglant a produit deux modèles. L’un est le modèle sanglant d’ISIS, et l’autre est le modèle de Rojava. La Turquie s’est rangée du côté ISIS. La Turquie a combattu à la fois les Kurdes et le régime syrien. Les politiques de ISIS et de la Turquie ont été exposées selon 4 catégories. Premièrement, les gangs islamiques se sont battus contre le régime. Deuxièmement, ils ont combattu les forces kurdes à Rojava, aidés par la Turquie. ISIS a utilisé les frontières turques, des militants y ont été dépêchés expressément via ces dernières. Ce n’est que lorsque la Turquie a commencé à être connue pour soutenir ISIS que Ankara a décidé de rejoindre la coalition internationale, très à contrecœur. “

Taştekin a également évalué l’opération “Bouclier de l’Euphrate” lancée par la Turquie et a déclaré à ce sujet:

«Cette initiative vise à détruire l’image de son soutien à ISIS, à prévenir l’établissement d’un corridor entre les cantons de Efrîn et de Kobanê, à ouvrir un espace de repos pour les groupes à Alep et à créer de l’espace pour les groupes islamistes de la région. La Turquie est en colère à Rojava parce que ce territoire se charge des problèmes que la Turquie ne veut pas adresser. Pour la Turquie, incapable de tolérer la diversité, Rojava fait figure de provocation. Si Erdoğan n’avait pas renversé la table de résolutions, cela aurait été différent. Malheureusement, la Turquie n’a pas privilégié ce rôle. En conséquence, la Turquie, qui se trouvait sur la voie de la démocratie au Moyen-Orient, a perdu son chemin et a perdu par la même occasion la démocratie. “

Le co-président du PYD Salih Muslim est intervenu et a informé l’audience de la lutte des Kurdes au Moyen-Orient:

“Les Kurdes se battent aujourd’hui pour tous les peuples de la région. Ce sont les garants des valeurs humanitaires. Aujourd’hui, ces valeurs sont attaquées de toutes parts. Les Kurdes essaient de protéger ces valeurs, et pour cela ils affichent un grand héroïsme. Notre peuple a été divisé par le traité de Sykes-Picot il y’a un siècle, mais aujourd’hui ce traité n’est plus considéré.

Il a par ailleurs souligné que les kurdes considéraient le système qu’ils essaient d’établir à Rojava comme un modèle pour toute la région, déclarant:

“La mentalité de l’État-nation doit changer. Nous avons besoin d’une révolution contre toute mentalité sexiste. C’est ce que nous essayons d’implanter dans la région aujourd’hui”.

Saleh Muslim a également mentionné les attaques de l’armée turque contre Rojava et contre la Syrie et a déclaré:

«L’idéologie à laquelle nous sommes confrontés actuellement a pour objectif d’attaquer tous les acquis des Kurdes. Ils pensent que «le meilleur Kurde est le Kurde mort». ISIS et les groupes djihadistes ne sont pas tombés du ciel. La Turquie et les pays semblables les ont dépêché dans la région. Cette relation de proximité entre la Turquie et l’ISIS se poursuit à l’heure actuelle. S’ils le peuvaient, ils détruiraient tous les gains obtenus à Rojava. Ils sont même en train d’attaquer les gains dans le sud du Kurdistan. “

Le co-président du PYD a également mentionné sa relation avec les États-Unis:

“Les États-Unis ont essayé d’utiliser les Kurdes. Mais ce qui s’est réellement passé, c’est qu’ils les ont découvert quand les Kurdes ont stoppé l’expansion de ISIS. Ils ont compris le système mis en œuvre par les Kurdes. Maintenant le monde entier nous connaît. Mais il cette question persiste: Comment les États-Unis acceptent-ils les Kurdes alors qu’ils ne les acceptaient pas auparavant? Nous développons nos relations, maintenant ils nous rencontrent directement. Bien sûr il y’a encore ceux qui ne nous rencontrent pas car ils s’abstiennent sous la pression de la Turquie “.

Il a conclu en se prononçant sur l’opération à Raqqa:

“Tout le monde pense que nous avons lancé l’opération de Raqqa sur la demande des États-Unis. C’est faux. Raqqa est situé à un emplacement stratégique, très proche de Kobanê. Donc, nous avons lancé cette opération pour la sécurité de Rojava. Nous ne pouvons pas laisser ISIS utiliser Raqqa. Raqqa doit être débarrassé des gangs d’ISIS. “