Série de témoignages de Figen Yüksekdag dans le cadre de son audience à Ankara

Voici un résumé du discours de Figen Yüksekdağ lors de la troisième audience du procès principal qui s’est déroulé aujourd’hui à Ankara:

Le pouvoir judiciaire en Turquie n’a jamais été totalement indépendant, mais là encore, il n’a jamais été aussi dépendant que maintenant, n’a jamais été sous autant de pression. Il est très clair qu’il y a une main qui exerce une pression sur cette affaire.

Les représentants des institutions internationales et les politiciens ne sont pas autorisés à entrer dans la salle d’audience parce qu’ils sont «étrangers». Cela montre combien la Turquie s’est isolée du monde, combien elle est devenue étrangère aux valeurs humaines et judiciaires. Ce ne sont pas ceux qui sont étrangers, c’est cet endroit qui est étrange.

Le système de justice légal, le système de justice économique et le système de justice politique en Turquie sont arrivés à un tel point que tout le pays est au bord de la faillite et de l’effondrement à cause de l’irresponsabilité du pouvoir politique au pouvoir.

Le coup d’État en Turquie n’a pas commencé le 15 juillet. Le 15 juillet n’en était que le résultat. Le mécanisme du coup d’État a commencé à fonctionner avec des interventions ciblant le domaine de la politique. La suppression de notre immunité parlementaire était le signe le plus clair de la transition vers la phase du coup d’État.

Nous ne sommes pas en train d’être jugés par le panel de juges au tribunal, mais par l’AKP, le parti politique au pouvoir. Le pouvoir en place n’a pas ressenti le besoin de cacher cela, concernant les juges, ceux-ci ne voient aucun mal à le dissimuler.

Le 7 juin [2015, élections générales], le peuple a lancé un ultimatum en disant: «Il est temps de changer, nous voulons une sphère politique libre et juste». La réponse du pouvoir politique régnant à cet ultimatum a été d’appuyer sur le bouton pour l’anéantissement de la plate-forme de la politique démocratique.

Le régime au pouvoir a trié les médias et toutes les institutions de l’État de la tête aux pieds, et les politiciens du HDP sont en prison, il a formé donc sa sainte coalition. Alors, quels sont les obstacles restant? La situation politique et la vie sociale et économique en Turquie sont bien pires qu’il y a un an. Le taux d’inflation est de 13%. Chaque jour, le ministre de l’Intérieur annonce un nouveau bilan des morts. Combien de morts faudra-t-il pour que personne ne meurt en Turquie? Quand cette liste se terminera-t-elle?

Le discours portait récemment sur «la survie de l’Etat, la sécurité de la nation …» Oui, la Turquie est en fait confrontée à un problème de survie, et la cause profonde de ce problème de survie est le parti au pouvoir.

Dans ce pays, tout est fait pour juger les journalistes, les universitaires, ceux qui élèvent la voix pour la paix et la démocratie. Vous y mettez tout votre poids lorsqu’il s’agit de nous, mais le parti au pouvoir est incapable de juger les corrupteurs et les voleurs, ces derniers sont jugés aux États-Unis.

Regardez le contenu des accusations portées contre nous: que nous critiquions le nombre de morts, les affrontements … La Turquie est maintenant entrée dans le top 5, aux côtés des pays les plus chaotiques, au sujet des morts civiles – mais c’est un crime de dire la vérité au pouvoir. . Nous devons cependant montrer notre préoccupation.

J’appelle à cette cour: Si vous avez déjà une décision, ne continuons pas ce processus, c’est une insulte à la fois pour moi et pour vous. Je parle d’un enfant de sept ans qui a été assassiné et d’une femme dont le corps sans vie a été exposé nu dans les rues. Vous, d’un autre côté, êtes ceux qui définissent mon acte comme l’acte d’une organisation terroriste.