77e session de la Commission parlementaire mixte UE-Turquie/Parlement européen

La Commission parlementaire mixte UE-Turquie a tenu sa 77e session ordinaire aujourd’hui à Bruxelles sous la co-présidence de Manolis KEFALOGIANNIS (PPE, Grèce) et Ismail Emrah KARAYEL (AKP, Turquie).
La tenue de cette 77e CPM a repris après 3 ans d’immobilité dans les relations interparlementaires, 3 années durant lesquelles les conditions générales se sont sérieusement dégradées en Turquie.

Il est utile de considérer le retrait de la liste officielle de la commission de 3 représentants du Parti Démocratique des Peuples, sans en avoir été avisés au préalable pour les députés concernés.
Les députés retirés de la liste, parmi lesquels le professeur Mithat Sancar, vice-président du Parlement turc pour le HDP et député de la province de Mardin, et Feleknas Uca, députée HDP pour Diyarbakır, sont sans surprise des membres du Parti Démocratique des Peuples et aucune déclaration officielle n’a été donnée à ce jour concernant ce retrait. Deux députés du parti d’extrême droite le MHP ont été ajouté à leur place.

Les co-présidents ont lancé la réunion en soulignant l’importance de la CPM en tant que plate-forme principale pour le débat interparlementaire concernant les développements des relations et les progrès de ces derniers entre l’UE et la Turquie.
La commission parlementaire mixte a procédé à un échange de vues sur les sujets suivants:
Relations UE-Turquie et état d’avancement des négociations d’adhésion, coopération économique UE-Turquie et défis en matière de sécurité.
Le Comité a notamment donné la parole à M. Maciej POPOWSKI, Directeur général adjoint chargé des questions de voisinage sud, de la Turquie et Migration / Réfugiés et de Sécurité, au nom de la Commission européenne, Faruk KAYMAKCI, ambassadeur et délégué permanent de la Turquie auprès de l’UE au nom du gouvernement de la Turquie, Mme Emilia KRALEVA, vice-ministre des Affaires étrangères de Bulgarie, au nom de la présidence en exercice du Conseil de l’Union européenne et Javier NINO PEREZ, Chef de la Division de la Turquie, Europe et Asie centrale, au nom du Service européen pour l’action extérieure.

Beaucoup de questions ont défilé tout au long de la journée concernant le non respect des valeurs fondamentales de l’Union européenne mais les dissidences entre partis semblaient avoir été mis du côté de la Turquie au profit d’une voix commune qui se défendait fermement contre les critiques adressées par les différents interlocuteurs européens.

Les remarques récurrentes concernant le bafouement constant et généralisé des droits humains, le nombre aberrant d’intellectuels ou d’enfants en prison, l’état d’urgence systématiquement renouvelé et la remise en question de la démocratie ainsi que le manque de transparence du judiciaire n’ont trouvé aucunes explications appropriées et ont été reçues avec agacement par non seulement les représentants du régime de l’AKP mais aussi par les délégués du CHP, parti qui se veut garant de la démocratie justement en péril dans le pays.

Ainsi ce sont principalement des députés du CHP qui ont déploré l’acharnement de la partie européenne à l’égard de la Turquie, ne comprenant pas pourquoi l’Europe était si dure à l’égard de cette dernière et en demandant, à maintes reprises, d’avantage d’empathie.
Le nombre élevé d’enfants emprisonnés a été notamment justifié par le fait qu’ils accompagnaient dans la plupart des cas leur mère, disant que la place d’un enfant se trouvait auprès de sa mère.
Les députés du HDP auraient pu facilement démontrer dans ce cas précis que la plupart des enfants emprisonnés du pays se trouvent dans la partie kurde du pays et qu’ils sont jugés indépendamment de leur parents.

Une autre défense récurrente et collective concernait la justification du recours excessif de l’Etat d’urgence, qui selon les députés de l’AKP comme du CHP relevait d’une mesure tout à fait compréhensible vu la menace terroriste à travers le pays.
La France, qui avait déclaré l’Etat d’urgence suite aux attentas perpétrés sur son territoire été le point de référence pour justifier l’utilisation abusive de l’Etat d’urgence en Turquie, qui a mené cette dernière à un climat de répression sans précédent et a permis à l’Etat de mener de façon autoritaire une chasse à la liberté d’expression sans précédent. La Turquie a depuis attaqué sans fondement les forces kurdes en Syrie qui luttent pourtant auprès des forces internationales contre Daesh.

La considération d’un éventuel lien entre la Turquie et les forces Djihadistes qui y ont trouvé refuge par dizaine de milliers n’a été soulevé à aucun moment par les deux parties.

La question de la démocratie a été maintes fois soulevée par les députés européens, notamment la mise en silence de l’opposition et notamment la levée de l’immunité, la destitution ou encore l’emprisonnement des politiciens kurdes au sein même du parlement, mais elle a elle aussi reçu un écho d’un seul bloc, l’élément nouveau étant à présent la nouvelle tendance à mettre en évidence la réussite du sujet “kurde” au sein de la société turque vu le nombre important de représentants kurdes dans les hautes sphères de la politique ou économiques.
Aucune voix ne s’est exprimée cependant sur les environs 100 maires des villes kurdes qui ont été emprisonnés également pour être remplacés de force par des administrateurs de l’Etat central ni au sujet des villes kurdes réduites à néant, provoquant le déplacement de plus de 500 000 personnes.

La deuxième partie du meeting s’est focalisée sur les violations de la zone économique exclusive de Chypre et l’union douanière.

La réunion s’est achevée par un message des deux co-présidents qui ont convenu de mettre tous leurs efforts pour développer un dialogue ouvert et constructif entre le Parlement européen et la Grande Assemblée nationale de Turquie.
Les deux parties reconnaissent que la CPM devrait se réunir régulièrement – jusqu’à trois fois par an – comme indiqué dans son règlement intérieur et travailler à l’amélioration des relations politiques entre l’UE et le pays candidat.
Les co-présidents ont clôturé la réunion en déclarant qu’ils croyaient fermement que la coopération UE-Turquie sur les défis communs et les priorités communes représentait un investissement dans la stabilité et la prospérité de la Turquie et de l’UE et attendaient avec impatience une coopération intensifiée dans un proche avenir.